Reden

“30 ans de Communauté Germanophone dotée de pouvoir législatif et de son propre Gouvernement”


Discours de Karl-Heinz Lambertz, Ministre-Président de la Communauté germanophone de Belgique, à l’occasion du 30ème anniversaire du Gouvernement :

« 30 ans de Communauté Germanophone  dotée de pouvoir législatif et de son propre Gouvernement »

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31/01/2014

Madame, Monsieur,

Durant ces deux dernières heures, les 30 années d’autonomie de la Communauté Germanophone, son gouvernement et son pouvoir législatif ont fait l’objet de déclarations importantes et véridiques.

A travers des points de vue très distincts, différents orateurs ont illustré, commenté et apprécié le passé, le présent et l’avenir de la CG.

Il s’en dégage une conclusion claire : l’autonomie de la CG, fruit de la transformation de la Belgique en un état fédéral, ouvre, avec son spectre de compétences, une multitude de possibilités d’actions et de créations que personne en CG n’aurait pu imaginer il y a un demi siècle et dont les résultats sont devenus depuis lors une réalité qui se vit au quotidien.

L’autonomie n’est ni une fin en soi, ni un jouet pour politiciens.

L’autonomie est seulement et uniquement un instrument extrêmement précieux pour la conception politique sur mesure, dans le but d’améliorer les conditions de vie de notre population et le renforcement de l’Est de la Belgique.

Le catalogue des services de la CG comprenant plus de 600 services, ainsi que la documentation publiée à l’occasion de la cérémonie de ce jour sur la plus-value de l’autonomie et comprenant 70 exemples évocateurs des 3 décennies passées que vous venez de voir il y a quelques minutes, en sont une preuve impressionnante.

Ces 2 ouvrages vous seront remis à la fin de la présente cérémonie.

30 ans de CG dotée de pouvoir législatif et de son propre Gouvernement.

Il s’agit d’une occasion à point venue, pour remercier cordialement toutes celles et ceux qui, dedans et en dehors de l’Est de la Belgique, se sont investis pour la création et le développement de notre autonomie, ou qui journellement, soit comme activité principale ou complémentaire se sont dévoués avec cœur et intelligence dans la conception de l’autonomie communautaire en la remplissant de vie.

Celui qui voyage en CG les yeux grands ouverts peut distinctement se rendre compte avec quel soin et quelle assiduité on travaille dans les services, institutions et organisations partenaires et quelles performances d’équipe y sont fournies à de nombreux endroits.

Tout n’est naturellement pas toujours parfait et des pannes surviennent encore de temps en temps.

Evidemment, les moyens mis en œuvre et la méthodologie de travail doivent continuellement mis à l’épreuve.

En fin de compte il s’avère qu’en CG, on fournit un travail remarquable à tous les niveaux, au service de la population !

30 ans de CG dotée de pouvoir législatif et de son propre gouvernement

C’était et cela restera pour notre minorité, notre entité fédérée à taille réduite et notre région frontalière avec ses dimensions locales, régionales, nationales et internationales, une course sur les montagnes russes avec des hauts et des bas, des acquis et des revers, succès et déceptions.

Tout particulièrement lors de difficultés économiques et lorsque les moyens financiers sont limités, il s’avère très difficile de concevoir une politique prospère.

Lorsque par tempête en mer, les vagues sont particulièrement hautes, alors il se peut qu’à l’intérieur d’un petit voilier, bien que très maniable, cela devienne très inconfortable, à l’instar de la CG que l’on ne peut comparer avec un paquebot.

C’est dans ces moments qu’il faut faire preuve de clairvoyance, persévérance et de courage.

Il en va de même aujourd’hui, en ces temps de crises financières internationales, qu’en fin des années 90 du siècle passé, lorsque l’étranglement financier dû à l’absence de refinancement nous mit en forte difficulté.

La CG a dû mener un dur combat pour arriver à bout de ces difficultés.

Mais elle n’y a pas succombé. Elle a jusqu’à présent toujours su maîtriser tant bien que mal le nécessaire grand écart entre mesure d’économie et développement des services et dispose entre-temps de fiables instruments de guidance, tel le concept de développement régional, la simulation financière et le plan d’infrastructure, grâce auxquels elle est préparée à surmonter de nouveaux défis.

Défis qui ne manqueront pas à l’avenir.

L’est de la Belgique n’est ni une île de bienheureux, ni un pays de cocagne.

Les développements internationaux et les mutations de la société ne s’arrêtent pas au pas de notre porte et influencent durablement la situation en CG.

Malgré les nombreux succès dans les divers domaines, nous nous trouvons devant d’énormes défis autant au niveau de nos compétences actuelles que futures.

L’amélioration continuelle de la qualité en culture, éducation, emploi et affaires sociales, le démantèlement conséquent des injustices sociales, l’indispensable développement du territoire économique : tels ne sont que quelques thèmes que la CG devra affronter résolument en tant que Région avec pouvoir législatif, durant la quatrième décennie de son existence.

Elle devra assimiler un élément que d’attentifs observateurs de la scène régionale au niveau européen et mondial mettent sans cesse en avant et qui dans le passé a également fortement influencé les actions le Gouvernement de la CG : «  Les Régions prospères sont profondément enracinées et interconnectées. »

Et cette recette mène inéluctablement vers une évidence : être autonome ne signifie absolument pas tout faire soi-même et en permanence réinventer la roue.

Souvent, il est préférable d’opter pour la coopération. Cela vaut tant pour la coopération intra-belge que pour la coopération transfrontalière et interrégionale.

30 ans de CG dotée de pouvoir législatif de son propre Gouvernement

Cette formulation peut sembler à l’un ou à l’autre comme une assez chaotique.

Il n’empêche et consciemment, elle est pour moi, le fil rouge de mon discours de ce jour.

Pourquoi?

Un Conseil doté de compétence décrétale et un Exécutif désigné par ce Conseil et  responsable devant ce Conseil :

Après l’installation, couronnée de succès, du Conseil de la Communauté culturelle allemande en 1973 et ce, malgré des réticences au sein de certains cercles politiques, cette revendication a abouti à l’équité de la position de la Communauté germanophone au sein du fédéralisme belge.

Serrant les rangs entre partis, nous nous sommes investis et nous nous sommes battus au courant de plus d’une décennie pour cette cause.

Celle-ci est devenue réalité avec le vote de la loi du 31 décembre 1983 et l’installation du premier Exécutif  le 30 janvier  1984.

Depuis lors, à la suite des réformes, le paysage fédéral de notre pays s’est fortement développé.

A chacune des étapes supplémentaires qu’à connues notre pays – dont notamment celle de la loi portant sur la 6ème réforme de l’Etat promulguée par la Majesté le Roi Philippe le 6 janvier dernier et pour laquelle la loi spécifique à la Communauté germanophone suivra d’ici peu – l’autonomie de notre Communauté a été étendue, consolidée et adaptée aux nouvelles conditions présentes.

La disposition de l’article 139 de la Constitution, qui permet le transfert de compétences régionales vers la Communauté germanophone, a pu être activée avec succès à quatre reprises.

Et d’autres mises en œuvre de cette disposition se profilent à l’horizon.

Malgré ces étapes, le statut de l’autonomie de la Communauté germanophone reste incomplet.

Indépendamment des évolutions au niveau fédéral, il existe une nécessité réelle de transfert de compétences régionales en matière d’Aménagement du territoire, Logement et Provinces.

Du point de vue de la Communauté germanophone, le transfert des nouvelles compétences régionales en matière d’emploi relève de la plus grande importance.

La Communauté germanophone exerce les compétences régionales en matière d’emploi depuis 2000.

Toute autre situation autre que le transfert immédiat des nouvelles compétences en matière d’emploi à la Communauté germanophone, serait un non sens et en contradiction la plus formelle avec l’esprit de la 6ème réforme de l’Etat. Cela s’assimilerait à pervertir sa philosophie.

Nous devons par ailleurs nous confronter à l’évolution probable du modèle du fédéralisme belge ; qualifié de véritable succès, n’en déplaise à ses détracteurs.

Nous devons y porter d’autant plus d’attention, car nous ne sommes pas les architectes de ce modèle et, en tant que minorité, nous n’avons exercé que ce soit par le passé, au présent ou n’exercerons à l’avenir pas d’influence déterminante sur sa conception.

Vers où se dirige le modèle?

La direction est on ne peut plus claire : en raison de l’incompatibilité des représentations flamands et wallons sur Bruxelles,  le modèle imaginé autrefois et donnant naissance au modèle fédéral belge -qui prévoit des Communautés et des Régions – perd de plus en plus de son importance et laisse progressivement place à un modèle au sein duquel les Régions sont appelées à jouer un rôle central. En Flandre, cette fusion entre Communauté et Région est réalité depuis longtemps.

Le mouvement est aussi amorcé au niveau wallon. Chaque jour de nouveaux signes interconnexion, d’entrelacement et de synergies réciproques indiquent un rapprochement entre la Communauté française et la Région wallonne.

Bruxelles est de plus en plus mise sur le même pied que les Régions et non seulement aspire, mais scrute concrètement les possibilités de prendre en charge des compétences relevant des Communautés.

Face à ces indications et la prévisibilité de l’évolution, une seule conclusion logique s’impose.

Si la Communauté germanophone souhaite revendiquer et consolider sa place au sein du modèle fédéral belge, elle doit être prête, décidée et capable, dotée de moyens financiers adéquats ou des leviers de financements propres,  d’exercer toutes les compétences qui ont été jusqu’à présent ou le seront à l’avenir transférées aux entités fédérées belges.

Cette revendication, on ne peut plus explicite et claire, reprise au sein de la résolution du 27 juin 2011 prise par tous groupes parlementaires reconnus de notre Parlement, revêt, au niveau de son sens, incontestablement la même portée que la revendication de pouvoir législatif et d’Exécutif du siècle passé. Sa réalisation constitue l’occasion du jubilé fêté en ce jour.

En souvenir durable de la fête d’aujourd’hui, il vous sera remis un pins lorsque vous quitterez ce lieu.  Celui représente sans équivoque notre conception d’une Belgique à quatre.

Comme le dit le dicton de circonstance : une dessin vaut mieux qu’un long discours.

Pour ceux et celle qui préfèrent néanmoins le sens des mots, j’attire leur attention sur la parution présentée cet après-midi à l’occasion de la 3ème édition du colloque « Small is beautiful».  Cet ouvrage constitue la suite de la publication de 2005 de Mme Stangerlin relative à la CG et comporte les développements actuels en matière de statut de la langue allemande et de la Communauté germanophone en Belgique.

La version en langue allemande de l’ouvrage est parue au sein des éditions du journal européen des minorités, la version en langue française pour sa part aux éditions La Charte.

Je profite de l’occasion pour remercier l’éditeur et les auteurs pour leur précieuse collaboration.

30 ans de CG dotée de pouvoir législatif et de son propre Gouvernement

Oui, cela constitue une bonne raison de festoyer.

Nous n’avons, ceci dit, pas attendu cette occasion.  Cela arrive régulièrement en Communauté germanophone. Souvent même, et parfois, avec une ampleur certaine.

Particulièrement  en période de carnaval.

Et nous nous trouvons justement au sein de cette période.

Il y a 30 ans, lors de l’installation du premier exécutif le 30 janvier 1984, une vaste fête fut donnée.

Cette fête a même pris une dimension nationale sans pareil et il nous sera difficile de faire mieux.

Je peine à vous en convaincre?

La preuve de mes propos, je vous la livre à partir des mémoires d’un témoin de l’époque, le regretté Wilfried Martens, Premier Ministre à ce moment.

A la page 411 de l’édition francophone vous trouverez le récit suivant sur le déroulement des faits :

« Un grand banquet eut lieu dans un hôtel réputé d’Eupen. Toute la Belgique était là : les présidents de la Chambre et du Sénat, ceux des parlements de région et de communauté, les présidents de parti.  Pendant le dîner, un membre du chœur d’hommes d’Eupen se mit à chanter, a capella, et il avait une voix magnifique.  Il interprétait l’aria de Pagageno, dans la Flûte Enchantée de Mozart.  L’atmosphère était telle que tout le monde se mit à l’accompagner. Stimulée par l’ambiance, Irène Petry, présidente du parlement de la Communauté française, m’invita à chanter avec elle, en duo.  Devant son insistance et sa détermination, nous avons entonné, côté à côté en bras dessus, bras dessous, Daar bij die molen, die mooie molen. A ce moment-là, j’ai pris conscience que les structures politiques étaient peuplées d’êtres vivants. »

Cette description place la barre très haut et nous n’y ajouterons rien.

Chère assemblée,

Je remercie tous ceux qui ont participé à la préparation et l’organisation de l’évènement de ce jour.  Mes remerciements s’adressent à vous, chers convives, pour votre présence nombreuse et votre attention marquée d’intérêt et de patience.