Reden

Discours à l’occasion du Séminaire « Frontières : L’approche pluridisciplinaire des espaces de voisinages de proximité » organisé par l’Association Parlementaire Européenne


Discours de Karl-Heinz Lambertz, Ministre-Président de la Communauté germanophone de Belgique, Président de la Commission de la Gouvernance au Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe et Président de l’Association des régions frontalières d’Europe (ARFE) à l’occasion du Séminaire « Frontières : L’approche pluridisciplinaire des espaces de voisinages de proximité » organisé par l’Association Parlementaire Européenne

Strasbourg, le 19 janvier 2012

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Permettez-moi de vous dire tout d’abord que je suis encore sous l’impression du séminaire de cet après-midi avec ses nombreuses contributions très approfondies provenant de disciplines très différentes. En arrivant, je croyais que je savais déjà beaucoup sur la coopération transfrontalière, mais après tous que j’ai entendu, je me suis rendu compte que j’avais encore beaucoup à apprendre, tout en espérant de ne pas devenir un jour un super-spécialiste. Je ne sais pas si vous connaissez la différence entre un spécialiste et un super-spécialiste. Un spécialiste sait beaucoup sur un sujet limité et le super-spécialiste sait tout sur rien.
Permettez-moi également au début de cette présentation d’une véritable somme de quatre ouvrages et la menace des deux autres à venir – ce qui fera plus de 2.500 pages quand le cycle sera terminé – de vous faire part de quelques réflexions sur la coopération transfrontalière telle que je la ressens et telle que je l’ai vécue tout au long de mes activités professionnelles. Même si je suis déjà dans ma 22ième année de ministre, j’ai quand-même connu d’autres activités. Tout au début de ma vie professionnelle, j’ai travaillé comme assistant à l’Université. C’était à l’époque où on élaborait la Convention de Madrid sur la coopération transfrontalière des collectivités territoriales. Ce sujet ne m’a plus quitté depuis lors.

Il y a quelques mois, j’ai pu faire une intervention au Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux au Conseil de l’Europe à l’occasion du 30ième anniversaire de la Convention de Madrid. A cette occasion, je me suis définitivement rendu compte que mon expérience professionnelle et politique était plus longue que mon espérance de vie en la matière. Quand on a un certain âge, on peut se permettre de dire des choses que les jeunes, parfois, pour un tas de raisons, ne diraient pas de la même façon. Aujourd’hui, je voudrais vous communiquer quelques éléments de cette expérience qui me semblent particulièrement importants et que je souhaite partager avec vous.

Le phénomène de la frontière est omniprésent. Il peut déboucher sur une coopération fructueuse tout comme il peut conduire à l’exclusion et au repli sur soi-même. En matière de frontière, je crois savoir un peu de quoi je parle, parce que je viens d’une petite région à pouvoir législatif qui constitue une des entités fédérées de la Belgique et qui a surtout ceci de particulier qu’elle est confrontée tous les jours, du matin au soir, à des frontières. Je ne pense pas prioritairement aux frontières que nous avons tous de par notre caractère, par nos savoirs, par nos faiblesses, par nos forces et par nos défauts, mais bien aux frontières juridiques en termes de collectivités territoriales.

En effet, ce petit bout de la Belgique que le Traité de Versailles a fait passer en 1920 de l’Allemagne vers la Belgique, est vraiment très petit et comprend aujourd’hui un territoire de 854 km2 sur lequel vivent au 1er janvier 2012 76.778 personnes. La Communauté germanophone de Belgique est riche en frontières : Nous avons au nord le Royaume des Pays-Bas avec la Province Néerlandaise du Limburg ; au sud, le Grand-duché du Luxembourg qui n’est pas le plus grand Etat du monde ; à l’est, deux Länder allemands : La Rhénanie-Nord-Westphalie et la Rhénanie-Palatinat. Si on va un peu plus loin, nous tombons sur la Sarre et la Lorraine, auxquelles nous sommes liés au sein de la Grande Région Sarre-Lor-Lux. Et puis, il y a des frontières à l’ouest. Les vrais frontières difficiles pour un Belge ne sont pas tellement les frontières de l’Etat, mais bien les frontières linguistiques qui sont parfois beaucoup plus difficiles à dépasser que les frontières nationales. Comme vous le savez, la Belgique est traversée par quelques conflits entre Flamands et Francophones. Quand on a décidé en 1963 de fixer la frontière linguistique en Belgique, on a vraiment créé quelque chose qui est absolument impossible à changer. Quand on aborde les relations intrabelges, il est fondamental de reconnaître l’existence des frontières linguistiques. Discuter de la frontière linguistique en Belgique autour de Bruxelles, c’est comme si les Allemands contestaient la frontière Oder-Neisse. C’est aussi une des raisons pour lesquelles ça a duré tellement longtemps de mettre en place le Gouvernement Fédéral qui a commencé à travailler fin 2011.

Tout cela pour vous dire que dans ma région, je suis tous les jours confronté à la problématique transfrontalière. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai accepté bien volontiers la Présidence de l’ARFE.

Si vous prenez la belle carte que l’ARFE édite régulièrement avec toutes les structures transfrontalières existant en Europe, on se rend compte à quel point l’Europe d’aujourd’hui reste encore influencée par l’existence des frontières. On se rend compte aussi à quel point c’est important de dépasser ces frontières et de les considérer non pas comme un lieu de conflit et d’exclusion, mais comme une opportunité de coopération et de cohésion. C’est un des grands défis pour l’Europe, que ce soit d’ailleurs le Conseil de l’Europe ou l’Union Européenne. A l’occasion des activités que je mène au Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux à Strasbourg et au Comité des Régions à Bruxelles, je me rends parfaitement compte à quel point c’est important de bien savoir de quoi on parle quand on parle de coopération transfrontalière et à quel point il est important d’avoir une idée très précise de ce qu’on veut faire à ce niveau.

Certains considèrent à tord que les frontières relèvent du passé. Nous vivons en effet dans l’aire de la globalisation où tout le monde peut aller partout et où nous sommes physiquement ou virtuellement en connexion permanente avec l’entièreté du monde. Mais la coopération transfrontalière, les liens avec les voisins, restent toujours quelque chose de très important. Vu l’état extraordinairement délicat dans lequel se trouvent actuellement le processus de l’intégration européenne et les différents chantiers de voisinage à l’est ou au sud, cette coopération me semble aujourd’hui encore plus important que dans le passé.

En effectuant un travail de recherche sur la coopération transfrontalière, on peut être sûr de travailler sur un bon sujet. Rien de pire pour un scientifique que de faire un bon travail et de se rendre compte qu’il a traité un mauvais sujet. L’approche qui est à la base de cette recherche et de ce cycle de conférences est passionnante et riche en développement futurs.

« Vivre et penser la coopération transfrontalière » dit très exactement de quoi il s’agit et constitue un résumé parfait de la démarche. En effet, il faut d’abord penser cette coopération, puis la vivre. Il faut aussi la raconter. Il faut l’évaluer et puis la repenser pour continuer à la vivre d’une meilleure façon.

Il s’indique d’aborder le phénomène de la frontière par une approche pluridisciplinaire et multifonctionnelle comme le font l’Université de Strasbourg et l’Euro-Institut de Kehl dans leur projet de recherche et dans la série de publications qui en résulte. Ceux qui auront lu ces quelques 2.400 pages comprendront mieux pourquoi la coopération transfrontalière peut être considérée comme un vrai laboratoire et un puissant moteur de l’évolution européenne dans les années à venir.

Dans la deuxième partie de mon intervention, je voudrais vous communiquer quelques réflexions que m’expire ma propre expérience et aussi tout ce que j’ai lu et vécu en matière coopération transfrontalière. Le concept de coopération frontalière contient deux éléments. La notion de coopération est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. Cela vaut également pour la notion de frontière. Si on analyse ce qui se passe à travers l’Europe, on voit énormément de choses intéressantes et différentes. Chaque coopération transfrontalière a quelque chose d’unique et de particulier. Certaines classifications peuvent cependant aider à mieux comprendre le phénomène. Dans un rapport présenté en 2010 au Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, j’ai essayé, avec l’aide de Monsieur Gabbe, de présenter un certain nombre de classifications qualitatives, quantitatives et juridiques.

Il faut d’abord tenir compte de la dimension du territoire de la coopération. L’Euregio Meuse-Rhin ou l’Euro-district Strasbourg/Ortenau sont fondamentalement autre chose que le Haut-Rhin, la Grande-Région Saar-Lor-Lux ou la macrorégion du Danube.

Puis, il y a des situations qui sont plus simples et d’autres qui sont plus complexes. Si vous êtes dans un contexte où on parle plusieurs langues différentes, si vous êtes dans une région frontalière où les mentalités sont très différentes ou si vous vous trouvez avec des systèmes administratifs très différents, vous devez travailler dans un contexte complexe qui est évidemment beaucoup plus difficile à assumer qu’une situation plus simple où des communes autour de la frontière allemande et autrichienne coopèrent.

Puis, il y a la frontière elle-même. Est-ce que c’est une frontière naturelle ? Coopérer autour d’une mer intérieure, autour d’un fleuve ou d’une montagne impose des contraintes matérielles qu’il ne faut pas ignorer ou sous-estimer. Que dire des frontières juridiques ? Elles sont souvent beaucoup plus qu’un trait sur une carte. Si ces frontières sont historiquement chargées, par exemple parce qu’elles ont bougées dans le temps, elles peuvent constituer des obstacles très différentes à surmonter. Cela me fait penser à mon grand-père, un fermier qui, sans jamais quitter son village, a changé trois fois de nationalité ! Il est né comme allemand ; il est devenu belge par le Traité de Versailles; il est devenu allemand après l’annexion de ma région natale par l’Allemagne nazie; puis, il est redevenu belge après la Seconde Guerre Mondiale. Il y a beaucoup d’autres régions en Europe où pareils phénomènes ont eu lieu et où des besoins de coopération transfrontalière surgissent, comme par exemples dans le Balkans.

Je me souviens d’une visite dans la région frontalière entre la Pologne, la République Tchèque et la Saxe où je me suis rendu compte à quel point aujourd’hui encore les relations, même entre les jeunes, peuvent être excessivement chargées par les vestiges de l’histoire. C’était un grand succès d’arriver à former un orchestre transfrontalier de jeunes qui venait à Bruxelles faire une présentation dans le cadre de la Présidence Tchèque de l’Union européenne. Une des raisons était que les gens vivant dans cette région avaient été chassés de quelque part. Après la guerre, on avait fait partir les Allemands pour les remplacer par des habitants venant de l’est de la Tchécoslovaquie. La région frontalière entre le Kosovo et la Serbie constitue un autre exemple. Elle héberge la minorité serbe du Kosovo le long de la frontière d’un Etat, que l’ensemble de la Communauté internationale n’a pas encore reconnu. Vous pouvez aisément vous imaginer les difficultés d’y organiser une véritable coopération transfrontalière.

Une autre classification est centrée d’avantage sur l’Union européenne. Vous êtes soit le long d’une ancienne frontière intérieure comme à Strasbourg où dans ma région, soit le long d’une nouvelle frontière intérieure comme à la frontière germano-polonaise, soit dans une nouvelle frontière extérieure de l’Union européenne qui était parfois plus perméable avant l’élargissement de l’Union Européenne. Vous pouvez aussi vous trouver quelque part en Europe où il y a aucun contact avec l’Union européenne comme par exemple à la frontière entre la Fédération russe, la Biélorussie et l’Ukraine.

La commémoration du 40ième anniversaire de l’ARFE s’est tenue cette année à Kursk où nos hôtes ont fait un grand effort pour montrer à quel point ils étaient désireux de coopérer avec leurs voisins ukrainiens. L’espoir de faire partie de l’Europe y était ressenti très profondément. Pour une remarque que j’ai fait dans ce sens lors d’une allocution, j’ai obtenu un applaudissement qui m’a vraiment impressionné parce que je sentais que j’avais, sans le vouloir, dit quelque chose qui touchait le coeur des gens et qui avait beaucoup à faire avec la coopération transfrontalière dans l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Ces classifications sont extrêmement importantes. Nous pouvons beaucoup apprendre les uns des autres. Cet apprentissage ne constitue d’ailleurs pas du tout un sens unique. Les nouvelles régions frontières intérieures peuvent apprendre beaucoup des anciennes et vice-versa. Il s’agit d’un véritable processus interactif.

On peut distinguer trois générations de coopération transfrontalière. Cette distinction a d’importantes conséquences même si, comme dans la vie réelle, on vit toujours un peu entre les différentes générations. C’est comme dans la vie réelle.

La première génération est la plus simple et la plus enthousiasmante. On fait disparaître les frontières, on construit un pont ou un tunnel, on enlève une barrière, on chasse les douaniers ou les soldats autour de la frontière. C’est toujours un grand moment de fête. Souvenez-vous encore de ce que nous avons vécu en 2004 au moment de l’élargissement de l’Union Européenne, même si tout le monde n’entrait pas encore à l’époque dans l’espace de Schengen. Le problème des grands moments c’est le retour au quotidien : C’est comme au Carnaval avec le mercredi des cendres.

Après la joie, il y a la réalité de tous les jours. Beaucoup de gens croient que tout est réglé parce qu’on a fait disparaître les frontières. En réalité, ce n’est que maintenant que commencent les problèmes. Si on réussit la raison pour laquelle on a fait sauter les frontières, à savoir plus de mobilité, plus de contacts, plus d’échanges, alors les vraies difficultés commencent ! Ce sont des problèmes parfois très épineux et difficile à résoudre. Plus les gens traversent les frontières sans difficultés, moins ils y pensent, plus ils ne vont vivre les difficultés qu’au moment où ils ont vraiment fait quelque chose qui se complique à cause de la différence des systèmes. Ça peut être la responsabilité en termes de produits, ça peut être un problème fiscal ou de sécurité sociale, ça peut être n’importe quoi. Si vous entrez dans un autre système juridique sans bien penser à toutes les conséquences de ce que vous faites, vous pouvez vous heurter à des problèmes complexes et très difficiles à résoudre.

L’harmonisation européenne ne peut pas tout régler. D’ailleurs, au risque de détruire l’atout de la diversité européenne, il ne faut pas tout harmoniser. Il faut plutôt trouver des astuces de compatibilité, parfois avec une certaine ingéniosité. A ce propos, je raconte souvent une petite histoire vécue dans ma région à la frontière entre l’Allemagne et la Belgique. Les Allemands avaient réalisé un centre d’Innovation pour les métiers du bâtiment (HIMO) à Monschau. Puisque de l’argent européen avait été investi, il fallait évidemment prouver l’existence d’une coopération transfrontalière. Les belges de l’autre côté de la frontière étaient associés au projet. Lors de l’inauguration, on se disait que ça serait quand-même formidable si un jeune créateur d’entreprise belge venait s’installer dans ce centre allemand. J’ai trouvé rapidement un candidat intéressé. Après avoir négocié son contrat de location, il lui restait juste une petite formalité à accomplir. Il devait s’inscrire dans un registre qui s’appelle la « Handwerksrolle » à Aix-la-Chapelle. Monschau est situé tout près d’Aix-la-Chapelle. Arrivé là-bas, on lui dit : vous êtes belge, pas de problèmes, vous pouvez vous inscrite, absolument aucun problème, c’est l’Europe ! Il faut juste avoir le diplôme de maitrise allemand. Alors, le belge répond : moi, j’ai un diplôme belge. On lui dit : ça ne va pas, il faut le diplôme allemand, mais il n’y a aucun problème puisque l’Union Européenne a réglé ce cas. Vous n’avez pas besoin de ce diplôme allemand si vous pouvez prouver que vous avez déjà travaillé pendant six ans dans votre métier. Pour un créateur d’entreprise, c’est évidemment un obstacle insurmontable. Voilà un problème typique pour la deuxième génération de coopération transfrontalière. Il faut énormément d’efforts pour arriver à rendre les choses compatibles. Et chaque problème résolu fait en découvrir trois nouveaux.

Puis, il y a une troisième génération de coopération, très typique pour les régions situées autour des anciennes frontières intérieures de l’UE. Il s’agit de la genèse les espaces transfrontaliers intégrés. En allemand, on parle de « grenzüberschreitende Verflechtungsräume ». La planification territoriale transfrontalière constitue un défi classique à ce niveau tout comme une vraie politique de santé commune ou des transports publics intégrés. C’est l’ultime étape de la coopération transfrontalière.

Chacune des 200 entités transfrontalières qui existent à travers l’Europe se retrouve dans une des trois catégories ou à cheval entre deux de celles-ci. Ces catégories déterminent très largement les défis à relever à un moment déterminé. La réussite dépend à mon avis de conditions très simples à énumérer, mais difficiles à réaliser. Il faut « pouvoir », « vouloir » et « savoir » En allemand « dürfen », « wollen », « können ».

Il faut que la coopération soit autorisée non seulement en théorie, mais aussi dans la pratique. En France, les Préfets font parfois des difficultés. Je connais le problème par mon expérience dans la Grande Région Sarre-Lor-Lux. Les Préfets changent tout le temps. Dès qu’on a une bonne relation avec un, c’est le suivant qui arrive. Il y en a qui sont plus ouvert à la coopération transfrontalière que d’autres. Si un Etat interdit ou perturbe trop les initiatives qui se prennent à ses frontières, la coopération transfrontalière peut devenir très difficile et même dangereuse. Je me souviens d’une réunion de travail dans le cadre du Conseil de l’Europe à Chernihiv près de la frontière entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie. Réaliser une coopération transfrontalière dans un contexte pareil est tout sauf évident. A beaucoup d’endroits, cette première condition de réussite ne pose plus de problèmes, mais ce n’est pas encore le cas partout en Europe. Et il suffit d’étudier l’histoire pour se rendre compte que ce n’est pas toujours évident et jamais définitivement acquis.

Venons-en à la seconde condition. Il faut vouloir, pas seulement au niveau des discours, mais surtout au niveau de la réalité pratique ! Cela peut être difficile et même dangereux. On peut remplir un petit cimetière avec des hommes politiques qui ont échoués parce qu’ils ont fait de la coopération transfrontalière d’une manière trop naïve et qui ont été désavoués par leur population. Les gens ne sont pas toujours d’accord avec ce que vous faites quand vous allez trop vite et trop loin avec la coopération transfrontalière. Même si vous travaillez en commun au-delà des frontières, il faut quand-même localiser les résultats à un moment déterminé. Si cela se fait chez votre voisin, vous risquez de vous faire critiquer chez vous par vos électeurs. Pour un homme politique cela a une certaine importance. En plus, les grands projets de coopération transfrontalière prennent souvent du temps et leur réalisation dépasse souvent la durée d’une législature. Je ne connais que peu de grands projets de coopération transfrontalière qui se sont réalisés en quatre, cinq ou six ans.

Pouvoir et vouloir ne suffit pas. Il faut encore savoir. La bonne volonté ne suffit pas. On peut faire d’énormes erreurs en coopération transfrontalière tout simplement parce qu’on n’a pas assez de compétences en matière de « communication interculturelle ». A ce propos, l’Euro-Institut a élaboré des outils pédagogiques très intéressants et fait un travail extraordinaire entre la Suisse, l’Allemagne et la France. Cette communication est très complexe et il faut faire de grands efforts. Il faut d’abord comprendre la langue du voisin. Dès qu’on cède à la tentation de faire tout en anglais, on perd une grande partie de la richesse et on sacrifie l’authenticité! Vous ne pouvez vraiment approfondir votre relation avec votre voisin que si vous comprenez sa langue. Mais ca ne suffit pas. Il faut également connaître sa mentalité et sa spécificité culturelle. Vous devez aussi être au courant des détails formels et informels de son organisation administrative. Vous devez connaître la situation de votre voisin presque mieux qu’il la connaît lui-même. Cette « compétence de communication interculturelle » est complexe et difficile à acquérir, mais indispensable pour réussir la coopération transfrontalière. Dans un document du groupe international EADS, j’ai trouvé une définition excellente que je vous livre en allemand : « Interkulturelle Kommunikationskompetenz ist bedeutend mehr als ein Fremdsprachenkurs oder eine Fettnäpfchenlehre für Fortgeschrittene ». Permettez-vois de terminer avec une question : Comment traduit-on « Fettnäpfchenlehre » ?